Confidentiel Frederick.e Grasser Hermé chevalier dans l’ordre national du mérite

A l’occasion de la fête de la Gastronomie le 23 septembre 2011 au Ministère de la Culture et de la Communication. M. le ministre de la culture et de la communication Frédéric Mitterand a notamment remis les insignes à 3 femmes de goût que sont : Carole Bouquet, Anne-Laure Leflaive et FeGH, penseur en nourriture et Directrice de Création Pix & Associates . Collection privée et anonyme !!!

 

 

Apollonia Poilâne ne manquant ni de croustillant ni d’humour, a pour sa part remis une interprétation personnelle et originale de l’insigne de chevalier dans l’ordre national du mérite à FeGH pour honorer toute son œuvre gourmande.

 

Discours de Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture et de la

Communication, prononcé lors de la remise des insignes de

Commandeur dans l’ordre des Arts et des Lettres :

« Chère Frédérick E. Grasser-Hermé – permettez-moi de vous appeler FeGH,

La monotonie de la pensée, l’orthodoxie de la gastronomie, les associations de

goût attendues et convenues ne sont pas votre genre, pas plus que le snobisme

des lèvres pincées, des bouches en coin, les saveurs estropiées ou trop souvent

édulcorées. Vous êtes la reine des facéties comestibles et gourmandes et des

micmacs savants entre comique et sérieux, entre monochrome et polytonalité,

entre déglingue et harmonie. À titre d’exemple, je ne résiste pas à la tentation de

citer un passage d’une de vos recettes-biker qui passera certainement à la

postérité, n’en déplaise à Brillat-Savarin – une Elucubration pour camembert

flaqué, dans laquelle vous nous offrez une virée gustative sur une Harley Fat Boy

1340 cm3 : « Par mesure de précaution, enveloppez 2 fois dans un aluminium

renforcé, très haute résistance, un camembert au lait cru, mais tempéré[…]. Calez

la papillote verticalement près de la culasse, à l’entrée du collecteur

d’échappement et du cylindre arrière, la place idéale. Ajustez le casque et la

jugulaire, enfourchez la machine, au compte-tours vous êtes plein gaz. À 6 km

retournez à la case départ, c’est cuit à 12 km à 180 °C. » J’essaierai sur mon

scooter, on ne sait jamais, s’il venait à se prendre pour une Harley, ça pourrait bien

marcher.

Moi qui ne suis pas un très grand cuisinier – je ne sais pas, par exemple, ce que

signifie « un jus de poulet non réversible » – je vais tout de même, pour rendre

hommage à la hauteur de votre créativité et de votre talent, tenter de vous livrer

une petite recette.

Dans une grande cocotte, SEB et jaune de préférence, placez une petite fille qui

s’invente des histoires pour manger, ajoutez une grande cuiller de curiosité et trois

pincées de fantaisie. Faîtes cuire à feu doux sans décompression jusqu’à ses

trente ans. Sortez la bête, laissez-la à la diète dans un frigo pendant deux jours,

puis préparez lui un foie gras poêlé déglacé au vinaigre avec des petits radis noirs

braisés et une poularde en vessie cuisinés par Alain Chapel à Mionnay. Là, vous

obtenez normalement une jeune parisienne piquée de gastronomie. Laissez-la

mariner dans son épiphanie, puis papillotez-là au festival des Cannes, avant de la

mettre au four chez Alain Ducasse à Juan-les-Pins. À la sortie, vous avez un

monument épicurien de la cuisine iconoclaste et électrique.

Cuisinière et conteuse culinaire hors pair à l’imagination débordante comme

l’atteste votre livre Serial Colors, dont le design est dû à votre très talentueuse

complice Matali Crasset, lorsque vous vous installez dans un fauteuil Voltaire, ce

n’est pas pour tricoter la laine, mais des pelotes de betterave Pop Art. Parmi une

trentaine d’ouvrages tous plus iconoclastes les uns que les autres, vous recevez le

Prix Fooding en 2000 pour le tapageur Délices d’initiés, qui fait de la Vache qui rit,

des Carambars, des Chamallows, de l’Orangina, entre autres « cochonneries »

industrielles comme disent toutes les mères, des produits mythiques du XXème

siècle qui ont leur place dans des recueils de recettes toutes plus excellentes et

ludiques les unes les autres. Aussi astucieuse qu’avant-gardiste, vous êtes une

égérie culinaire pour restaurants branchés, comme le Korova, le Black Calvados,

le Costes, ou l’Hôtel Amour pour lesquels vous concevez les cartes. Vous êtes

présente aussi bien en France au restaurant Le Passage Saint-Roch de l’hôtel

Lumen avec le designer Claudio Colucci qu’aux portes du désert marocain à Dar

Ahlam, une Maison des Rêves au beau milieu d’une palmeraie. Un lieu sans

aucun doute idéal pour déguster votre « Couscous c’est moi, un pain c’est tout ! » -

avec son pain perdu mais pas pour tout le monde, mêlé à des pistaches de Bronte,

avec des cédrats de Sicile, un peu de menthe séchée et des raisins ottomans.

C’est avec malice que vous explorez de nouvelles voies en proposant des

performances culinaires dans les musées, en lien avec les expositions qui y sont

présentées. Cela donne vos « compressions » à la manière de César, l’Os à

moelle, caviar bleu à la manière d’Yves Klein ou encore les pâtes molles à la Dali.

Désacraliser la cuisine, lui ôter les oeillères de la componction, tout en lui gardant

ses lettres de noblesse et sa capacité à nous faire rêver : FeGH, c’est tout cela à

la fois, c’est l’irrévérence qui fait respirer, l’« anarchifoodeuse » et agitatrice

culinaire au service des créations qui décoiffent.

Et un grand merci pour nous avoir aidé à agrémenter cette cérémonie de ces mets

séduisants qui pour l’instant nous narguent sur le buffet et dont nous saurons, en

temps voulu, nous venger.

Chère Frédérick E. Grasser-Hermé, au nom du Président de la République, nous

vous faisons Chevalier de l’Ordre National du Mérite. »

 

 

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